mardi 12 avril 2016

Amateurs d’abîmes

Mercredi, départ bien trop tôt pour moi et pour profiter de ma première semaine de vacances. Le sac est rempli de matériel dont je ne sais même pas me servir. Après une descente, accompagnés par le vent, nous traversons le glacier d'Argentière. Le col du Chardonnet parait tellement raide... "on met les couteaux !"... Je serre les dents, je suis les skis devant moi, je monte en baissant la tête.
Un passage de col et nous voilà dans un autre monde, plus sauvage, et surtout moins venteux... Le soleil nous fait signe, la neige blanche nous appelle. Seuls au monde. Cette fois je sais pourquoi je suis là.

La fin de cette première journée est comme un rêve, des descentes sur une neige intacte, des petites ascensions qui n'en paraissent pas tant je veux voir les nouvelles montagnes qui s'élèveront derrière.

Entre Chamonix et Champex, photo J.P Tauvron
Entre Chamonix et Champex, photo J.P Tauvron
De Chamonix à Arolla, en passant du massif du Mont Blanc aux Alpes Valaisannes, j'ai découvert un autre ski, un autre effort. En dormant à Champex, aux cabanes de Prazfleuri, des Dix et des Vignettes, j'ai pris le temps de vivre, jouer aux cartes, savourer un plat de roesti et une bière, la première de la saison, je vous le jure, partager les dortoirs et les ronflements. En passant les moraines, en franchissant les cols, j'ai vu les Alpes comme rarement je les vois depuis nos fonds de vallées, j'ai parcouru des glaciers, entrevu des pics et des cimes. En enchainant descentes, montées et passages techniques, j’ai appris à me servir de mon nouveau matériel, à être plus rapide, des fois, à être plus attentive et prendre plus de confiance en moi.

Ce raid a fini de la même manière qu'il a commencé : rafales de vent et masques bien ajustés. Le vent a hurlé toute la nuit sur l'arrête de la cabane des Vignettes, l'accalmie n'est pas prévue pour tout de suite. Nous ne poursuivons pas, le voyage s’arrête là.

« Ce monde de rêve n'admet point, hélas ! les rêveurs. Il exige un sens aigu des réalités, une attention scrupuleuse et mesquine, car nulle part, peut-être, on y dresse autant d'embûches à nos carcasses »
Samivel. « L’amateur d’abîmes », 1971.

Ces quelques lignes évoquent cinq journées fantastiques passées en altitude avec l’Ecole Militaire de Haute Montagne (EMHM). Et, la dernière journée, en redescendant sur le glacier de Pièce, nos collègues de l’EMHM nous ont fait la surprise de nous remettre le Brevet d’alpinisme militaire. Avec Nelly, Paul et Marine, nous étions quatre sportifs de haut niveau engagés dans cette aventure. Et, symboliquement, les insignes correspondant à notre Brevet nous ont été remis par nos binômes et anges gardiens respectifs.

J’adresse donc un grand merci aux alpinistes de l’EMHM (j’aurais aussi intituler ce post « Hommes, cimes et Dieu », du titre d’un autre livre de Samivel) pour cette découverte de la haute montagne. En revanche, je n’ai toujours pas vu Zematt et le Cervin de près… sûr je reviendrai.

mardi 29 mars 2016

Rideau sur la saison

Ce week-end, à Méribel, j’ai décroché deux titres nationaux. Pour commencer sur le 10km skate mass start du samedi, et pour finir en relais le dimanche, avec le Massif Jurassien. Le plus beau fut sans doute ce dernier, obtenu avec Laurane Dreyer et Lucie Colin... toutes trois sur des skis Salomon.

Photo : Jérôme de Nordic Mag
Dire que j’ai du attendre de fêter mes trente ans (dont bientôt 15 ans de métier), pour  décrocher un premier titre de championne de France par équipe. Quel bonheur de terminer la saison par une course d’équipe (la seule disputée cette saison dans ce format que j’affectionne tant) et saluer ainsi le travail réalisé par le comité Jurassien.

Parmi les images sympathiques de ce week-end, je retiens notamment le sourire de mes coéquipières, le soleil, le monde, l’ambiance festive (qui me laisse penser que le nordique est devenu le sport le plus populaire de France), les yeux mouillés des entraineurs jurassiens, ou encore les bouquets de jonquilles reçus après la dernière course, comme la promesse du printemps qui arrive et d’un petit air de vacances.

Photo : Jérôme de Nordic Mag
Ce week-end a clôturé une saison remplie, forte en sensations, synonyme pour moi de régularité et de polyvalence. De quoi me donner plein de motivation et d’énergie pour la préparation estivale qui s’annonce. Pour vivre une nouvelle saison complète, aussi complète et enthousiasmante que celle que je viens de vivre.

Je vous remercie pour votre fidélité sur ce blog,

Et, pour l’heure, ce sont les vacances !

Tout de bon, Anouk

mardi 22 mars 2016

Longues distances


L'Engadine par Ferdinand Hodler, en 1907
Me voici de retour à la maison pour dresser un premier bilan de la parenthèse « longues distances » de ma saison. En Suisse, je décroche la première place en skate sur le marathon de l’Engadine. En Norvège, je me classe 9ème de la Birkebeiner, une course de 54 kilomètres en classique. J’ai réalisé deux itinérances, entre le col de Maloja et S-Chanf, entre Rena et Lillehammer, en Norvège. En Suisse, j’ai skié sur un parcours que je connaissais bien (il s’agissait de ma cinquième participation à l’Engadine), en Norvège, sur une piste que je découvrais.

A l'arrivée avec Roman Furger (photo site officiel Engadine)
Sur le marathon de l’Engadine, j’avais vraiment envie d’aller chercher une troisième paire de cornes de bouquetins (le trophée remis au vainqueur). Une rencontre fortuite avec Hervé Balland la veille de la course pendant mon footing, quelques mots échangés, quelques conseils distillés par ce fondeur qui m’a toujours inspirée, m’ont donnés la force et la motivation supplémentaires pour l’imiter. Je savais qu’il participait lui aussi à la course, je lui avais promis de le rejoindre dans le club des trois (des trois victoires !), je l’ai fait, malgré des conditions très venteuses. Et, gagner le sprint de nuit le vendredi soir, ce fut le gâteau sur la cerise.
J'espère revenir dans les Grison pour compléter ma collection de Steinböcke.


Sur la Birkebeiner, disputer une grande classique en style classique au milieu des équipes du circuit Visma Ski Classic et un sac de 3, 5 kilos (enfin plutôt 4, 5 kilos, car je n’ai pas bu beaucoup) sur le dos fut une expérience inédite. Avec le Team Crédit Agricole Franche-Comté Ski de Fond nous avons bien géré et bien tiré notre épingle du jeux. Et, pendant le week-end, l’homme de la situation fut Charlie, notre farteur. Un grand merci à lui.
Je suis contente d’être arrivée au bout de cette course, d’avoir skié sur l’itinéraire des deux braves qui, en 1206, ont sauvé le tout jeune Hakon Hakonsson, futur roi de Norvège, d’avoir pu lever les yeux quelques fois sur des paysages fantastiques.
Par contre, je suis moins contente d’avoir du m’élancer une centaine de mètres derrière les trente filles de la ligne « élite ». Cette course s’est donc résumée à une poursuite de 54 kilomètres. J’étais en forme et j’aurais bien aimé voir au moins une fois les huit premières. Cela sera pour une autre fois.

Je repars cette fin de semaine dans les Alpes pour un dernier week-end de courses. Je vous donne rendez vous à Méribel pour la deuxième partie des championnats de France, samedi pour une mass start skate (10 kilomètres) et le dimanche pour le relais des Comités.

A très bientôt donc,

Anouk

lundi 7 mars 2016

La Mara sous la neige

Hier matin j'ai pris le départ de la Mara, course de référence de longue distance sur le dernier plateau du Jura Suisse.

Je connais bien ces pistes et ces paysages pour y avoir fait un bon nombre de séances d'entrainement.
Mais hier le but était tout autre : boucler 42 kilomètres en classique, accompagnée d'une meute de coureurs... c'était pour moi une première ! 


Une neige tombante et presque incessante (mais je ne vais pas m'en plaindre) a rendu la course un peu plus difficile. La Mara ne m'a pas laissé beaucoup de répit. Pendant 2 heures 20, j'ai poussé sur mes bras et utilisé mes gambettes.
Après un bon départ, j'ai vite compris qu'il ne fallait pas trop laisser partir le groupe de tête des garçons, car ils me faisait la trace recouverte de flocons. Bien à l'abri du vent derrière eux, j'ai bénéficié de leur aide, avant de nous en retourner en voyant le creux du Van (je sais ça fait beaucoup de "ven", mais c'est comme ça). Après 30 kilomètres, le rythme est devenu trop soutenu pour moi. J'ai donc fini seule, le vent dans le nez, la faim au ventre, en voyant des petites étoiles en haut de chaque petit talus.

Ce marathon fut dur, long, mais qu'il fut beau. Je remercie donc les voisins Suisses pour leur accueil et les skieurs pour avoir été aux petits soins avec la fille du groupe. 

Le week-end prochain, je reste en Suisse, mais pour disputer le marathon de l'Engadin, une course en skating cette fois-ci et du coté des Alpes.

Et vive l'hiver... même quand il est un peu en retard, il est toujours le bienvenu.

A bientôt,

Anouk

dimanche 28 février 2016

Pas de bras, pas de Canada !

J’ai disputé la semaine dernière l’épreuve (un skiathlon) de Coupe du Monde de Lahti. Dans le stade, je boucle la première partie de la course (7, 5 kilomètres en classique) en 16ème position. Les 7, 5 kilomètres en skate se passent bien, mais encore une fois je me fais « lâchement » avoir dans les derniers mètres de course par mes concurrentes (toutes qualifiées la veille sur l’épreuve de sprint) pour terminer à la 20ème place.

Photo Jérôme Martinet, Nordic Magazine
Ma saison de Coupe du Monde se termine donc ainsi, en Finlande, sur la piste sur laquelle se dérouleront les prochains championnats du Monde. Ces derniers mois ont été réguliers (dans les 20), complets (en classique, en skate, sur le Tour de Ski), souvent au coude à coude avec les meilleures. Et, de mes courses, je retiens plus particulièrement mes nets progrès en classique.
Malgré cette régularité dans les points, je ne suis pas retenue pour disputer à partir de la semaine prochaine le Ski Tour du Canada. C’est donc devant la télé que je suivrai les performances de mes concurrentes et que je ferai ma finale de la Coupe du Monde 2015/ 2016.

Ce week-end, le Nordic Challenge devait se dérouler aux Fourgs, presque à la maison. Finalement, il a été délocalisé aux Tuffes et, grâce au travail des bénévoles, il s’est déroulé dans de (très) bonnes conditions. Et je l’emporte sur le 5 kilomètres skate.

La saison se terminera avec les championnats de France, les 26 et 27 mars à Méribel. Il me reste donc un mois, pour me concocter un petit programme de courses avec de réels objectifs.

A tout bientôt,

jeudi 18 février 2016

Cirque blanc


A Falun, le week-end dernier, j’ai retrouvé un de mes sites de Coupe du Monde favoris. Le souvenir tout frais des bonnes courses et de mes mondiaux là bas était encore dans mon esprit.

Edelweiss, Photo de Pierre Tairraz
Cette saison, j’ai de bonnes sensations en classique, donc j’avais vraiment envie de disputer le 5 kilomètres le samedi. Avec des conditions de course compliquées, une neige tombante et fuyante sous mes skis, j’accroche un 33ème place...  Mais à 20 secondes de la 18ème place.

En skate, sur un 10 kilomètres mass start (format inhabituel !), je me classe 19ème. La course était rapide et tactique. Et, après une cassure en milieu de groupe, je ne me suis pas retrouvée dans le bon wagon. Je suis déçue de ma place et en même temps satisfaite d’avoir pu jouer tout le long avec les meilleures filles (celles aux combinaisons blanches avec un liseret bleu et celles habillées en rouge) du circuit mondial. A tous les âges je continue d’apprendre ;-)

Anémones des Alpes, Photo Pierre Tairraz
Le temps de rentrer, de défaire, refaire mes sacs, de faire deux machines et je repars demain matin dans le grand nord à Lahti (Finlande). La saison continue, j’approche les 100 départs (j’en suis à 96) en Coupe du Monde, et je me sens toujours aussi bien dans ce grand cirque blanc.

Anouk

Une fois de plus (mais cela ne sera jamais une habitude, car c’est toujours exceptionnel), je voudrais saluer la performance de Maurice. Il fallait aller chercher ce podium en classique (le troisième de l’histoire du fond français) dans ces conditions de course. Bravo !

mardi 2 février 2016

En mode "grenouille"

Longtemps je me suis prise pour une salamandre… revêtue de la belle combinaison jaune et noire et l’équipe de France.

Le week-end dernier, à Autrans, j’ai vécu un changement radical dans mon existence. Je me suis transformée en grenouille en me parant pour la première fois de la combinaison jaune et verte du Team Nordique CréditAgricole Franche-Comté. Et cette nouvelle expérience de batracien, semble m’avoir réussie. Ce week end de Championnats de France, je n’ai pris part qu’à une seule course, le 5 kilomètres classique, et j’ai remporté le titre.

Merci à Jacques Mignerey, de Dauphinordique pour la photo!
Mais ce qui me rend encore plus heureuse c’est de constater que, pour l’une de leur première sortie sur le Championnat de France, les autres grenouilles sont grimpées sur les marches des podiums. Marie-Caroline Godin décroche vendredi le titre de Championne de France de sprint, devant Roxane Lacroix. Et, dimanche, lors du Défi Nordique Méaudrais, une terrible montée au profil proche du final du Tour de Ski, Céline Chopard Lallier se hisse en deuxième position.
 
Trois jours de suite, il y a une grenouille sur le podium, avec deux titres de championnes de France. C’est donc un beau baptême pour Team Nordique Crédit Agricole Franche-Comté, et de bonne augure pour la suite.

Cette fois, place à l’entrainement avec les Alpes pour décor,

Anouk